Le Nombre de la Lumière, titre du livre de Geneviève Vidal que l’on retrouve dans les vers de la page 64 : Matière des mots / Irradiation de la chair // l'Invisible seule Réalité // l'Un / le Triangle le Cercle // le Nombre de la Lumière est un livre-poème à plusieurs chapitres ponctués de citations de poètes et de philoso-phes, Darwich, Adonis, Bernard Noël, Deleuze, Lévinas et, en filigrane, non nommés, de soufis musulmans.
Geneviève Vidal continue à y explorer le rapport entre chair, langue et pensée et retrouve les grandes préoccupations de la mystique arabe et perse ; et cela depuis plusieurs livres (on peut citer entre autres : Portes andalouses, éd. L'Arbre à paroles, 1998 ou Des chambres de terre et d'eau, éd. L'Arbre à paroles, 1995, ponctué de citations du soufi arabe Hallaj). Elle préfère essayer les alliances inédites des concepts et des notions en les déplaçant du champ de la réflexion philosophique systématique à la poésie, se retrouvant ainsi dans l'intersection des deux cercles où l'intuitif les accueille, les laisse chercher les enfantements prodigues. […] Une pensée / qui s'engendre et se digère / dans le ventre de ce Fleuve-là.
Ainsi les mots prennent des majuscules pour signifier autre chose que ce qu'ils signifient d'ordinaire, ils ne désignent plus le référent, mais se réfèrent, de la même manière que chez les mystiques, à des sphères poétiques chargées de questionnements et de secrets, s'interrogeant sur ce qui est au-delà d'elles-mêmes : Quel est le secret /au-delà du secret ? / Y a-t-il un sens / au-delà du non-sens ? (p 27). Les substantifs et les adjectifs se succèdent, cherchant aussi une rythmique haletante ajustée peut-être au désir qui s'éprouve par le feu et l'eau, par les contraires et les failles, et qui se veut miroir de ce que le volcan de l'Etna provoque à l'intérieur et sur la surface de la terre - métaphore de la lutte entre Eros et Thanatos, entre Tu et Tuer (le visage est ce que l'on ne peut tuer, Michaël Lévinas - mais l'on désire tutoyer.)
Le poète voyage entre tout cela, s'exile dans d'autres terres, d'autres cultures de peuples, d'autres conceptions du monde, et circule dans le tremblé des mots (36), à la recherche de ce nombre, de cette clef alchimique qui est à la source de la poésie, telle que la conçoit Geneviève Vidal, et de l'amour, cette lumière juste commençante (75).
Mohammed El Amraoui |